Le pervers narcissique

On ressent parfois le besoin de mettre un qualificatif, un nom, un diagnostic, sur le comportement des personnes  pour tenter de mieux gérer le relationnel épuisant vécu au quotidien. C’est ce qui m’avait conduit à écrire le document consacré aux PA, Passifs Agressifs. Une démarche  autorisant le recul, permettant de sortir d’une situation conflictuelle, une sorte de thérapie. On passe du rôle d’acteur à celui d’observateur, beaucoup plus confortable et moins stressant. L’analyse et la reconnaissance de ce type de personnalité est parfois compatible avec la mise en place au quotidien de mesures simples et opérantes, rendant le relationnel acceptable et possible. 

Le comportement manipulateur de certaines personnes est beaucoup plus difficile à cerner et surtout à gérer. C’est le cas des Pervers Narcissiques. Confronté à ce type de personnalité je m’étais résolu à mettre par écrit mon analyse in vivo. Dans le même souci de prise de recul. Après avoir abordé le sujet au travers des nombreux documents disponibles sur le web il m’est rapidement apparu que beaucoup avait été écrit sur ce sujet. J’ai ainsi trouvé dans l’analyse ci-dessous de Geneviève Schmidt la description complète de ce type de comportement, en totale adéquation avec mon vécu. 
http://pervers-narcissiques.fr/Reconnaitre%20un%20PN/desciption%20pervers%20narcissique.html

A la différence du PA, pour lequel il peut être possible de composer, il n’y a ici pas d’échappatoire. Le recul n’est le plus souvent pas possible. Seule la fuite est salvatrice.

Rematérialisation numérique du lien socio-professionnel: Val de Marne

Dans le cadre de sa stratégie Nationale de Santé le gouvernement annonçait dès février 2013 le déploiement du programme « Territoire de soins numérique ». Doté d’un budget de 80 M€ pour 3 à 5 projets, ce programme « vise à l’émergence de territoires d’excellence s’appuyant sur des démarches innovantes, une coordination forte, des systèmes d’information modernes, innovants, collaboratifs, évolutifs et ouverts ».

 

Les mots clefs de cet ambitieux projet de e-santé sont annoncés : partage et échange d’informations, collaboration, coopération, coordination, cohérence, avec pour ambition l’optimisation et la sécurisation du parcours de soin de la personne, du sanitaire au médico-social et du secteur hospitalier au secteur libéral.

 

L’agence Régionale de Santé Ile de France s’est portée candidate. Le projet Terris@nté qu’elle porte avec ses partenaires vise à mettre le numérique au service des professionnels et des usagers de la Santé en métropole du grand Paris. Si ce projet était retenu 5 bouquets de services numériques seraient proposés aux différents acteurs de la Santé sur un territoire regroupant le nord-ouest du Val de Marne (Gentilly, Kremlin-Bicêtre, Ivry-sur-Seine, Vitry-sur-Seine, Thiais, Arcueil, Cachan, Villejuif) et l’Ouest du 13è arrondissement de Paris.

 

Les éléments socles de ce grand projet ont été à la base de la réflexion et de l’action menées dans le Val de Marne. Les médecins libéraux y ont, dès 2008, sous l’égide du Conseil départemental de l’ordre des médecins et en interconnexion forte avec le CRRA-Centre 15, mis en place un outil numérique efficient au service de la Permanence des Soins Ambulatoire (PDSA).

 

15 plateformes numériques d’échange et de partage d’informations (1 pour chacune des 12 maisons médicales de garde, 1 pour les 12 responsables, 1 pour les remplaçants, 1 pour les effecteurs mobiles) ont été mise en place pour optimiser la conduite de la PDSA du Val de Marne. Il apparaît maintenant clairement que ce dispositif d’interconnexion numérique a été un des piliers de la mutualisation, de l’efficience et de la pérennité du dispositif de garde de ce département.

 

Ces plateformes sont devenues pour tous les effecteurs un outil simple, naturel et évident. Qu’il nous soit permis de faire ici quelques réflexions basées sur l’expérience acquise et l’analyse du parcours:

 

–       Ces plateformes permettent au quotidien un échange extrêmement rapide des informations, une facilitation de la gestion des listes de garde, une mutualisation des ressources humaines et matérielles.

–       Tous les effecteurs de la Permanence des soins ont immédiatement intégré l’intérêt de cet outil numérique qu’ils se sont très vite approprié.

–       Cette interconnexion est un lien fort entre les effecteurs et a été un puissant facteur de cohésion et d’adhésion à la PDSA. Les effecteurs exercent leur activité libérale de façon souvent isolée. Pour la première fois le message émis par n’importe lequel d’entre eux était lu instantanément par l’ensemble de la communauté du secteur dont il dépendait, communauté qui pouvait répondre et commenter si nécessaire.

–       Parallèlement à la dématérialisation numérique des échanges cet outil a ainsi apporté une rematérialisation forte du lien socioprofessionnel.

–       Ce dispositif de communication des Maisons Médicales de Garde (MMG) a parfois été le véhicule de l’expression de désaccords ou d’humeurs de quelques effecteurs, mais il a ainsi servi de défouloir cathartique, thérapeutique, tout en renforçant  la notion d’appartenance au groupe.

–       Cet outil autorise un passage très large et instantané de l’informationau travers des alertes sanitaires ou plans canicule, diffusion des recommandation du Conseil de l’Ordre et de nos partenaires institutionnels.

–       Cette interconnexion enfin, placée sous le contrôle du coordonnateur, facilite grandement l’intégration des nouveaux venus et des remplaçants.

 

Si le projet Terris@nté de l’ARS Ile de France est retenu, le maillage territorial numérique libéral du Val de Marne sera un élément d’appui essentiel tant dans le passage de la communication qu’en regard de l’expérience déjà acquise par les différents effecteurs mobiles et postés dans l’usage de ce type d’outil.

L’éthique et l’efficience à l’épreuve de la tectonique du numérique

Paris, le 8 Juin 2014,

Les technologies de l’information et de la communication sont devenues en quelques années les outils quotidiens de notre activité personnelle et de notre exercice professionnel mettant à notre disposition de formidables opportunités avec de nouveaux challenges, mais également, en perspective, des dangers, des contraintes, des responsabilités et beaucoup d’interrogations. Leur expansion  permanente nous fait obligation de vigilance, de flexibilité et d’adaptation. Le transfert des données, autorisé par la naissance d’Internet vers 1973, a fait l’objet d’un énorme coup d’accélérateur avec l’arrivée du Web au début des années 1990. Les 40 dernières années ont ainsi vu l’essor de la révolution numérique dont les conséquences à l’échelon mondial auront été aussi importantes que la seconde révolution industrielle initiée à la fin du XVIII è siècle. Une révolution toujours en cours, qui s’accélère au rythme de l’évolution des débits de transfert des données et de la couverture des territoires par les réseaux des opérateurs, une révolution qui permet au citoyen de s’approprier l’espace public, une révolution qui va également profondément modifier les conditions de notre exercice.

L’alimentation de cette nouvelle mutation sociétale ne relève cependant ni du pétrole ni de l’électricité mais d’un carburant beaucoup plus sensible tant en termes de politique et de stratégie, que d’activité commerciale et de vie privée: les données numériques. Un carburant qui peut être l’objet de toutes les convoitises.

On pourrait parler de Nouvelle Tectonique de l’Information et de la Communication. Cette expansion planétaire se fait au rythme de secousses technologiques successives, génératrices de mouvement et de vitesse, libératrices de formidables quantités d’énergie, justifiant la plus grande vigilance quant à leur impact sur l’évolution de nos sociétés et la sécurité des personnes et de leurs données. A ce titre nos institutions ont une responsabilité forte.

Les médecins sont d’importants fournisseurs de données numériques de santé. Ces  données sont  le plus souvent sensibles, relevant du secret professionnel. Leur échange  passe par le déploiement des messageries sécurisées. Leur partage  nécessite de disposer d’espaces confidentiels de stockage, à capacité exponentielle eu égard à nos besoins croissants de mémorisation des données personnelles. Nous devons parallèlement rester très attentifs quant à l’utilisation qui pourrait en être faîte et veiller à en assurer l’intégrité et la sécurité. Ces données peuvent être source de marchandisation. La cybercriminalité évolue au même rythme que les nouvelles technologies et les infractions spécifiques à ces nouveaux outils sont en pleine explosion. Le domaine de la santé est, à ce titre, très encadré et il faut saluer le travail fait par la CNIL et l’ASIP Santé. Notre vigilance commune et le respect par chacun des règles de sécurité restent essentiels dans le déploiement de la e-santé : une responsabilité collective.

Nous sommes également, nous médecins, de gros consommateurs de données numériques dans notre exercice quotidien et par nos multiples besoins d’informations. L’urbanisation des systèmes d’information et plus particulièrement du poste de travail du médecin est ainsi devenue un enjeu majeur, une préoccupation stratégique de tous les acteurs de santé, une condition « sine que non » de l’appropriation par les professionnels de santé de ces nouveaux outils. La télémédecine, bien cernée par le législateur, cherche sa place. Cette place va devenir essentielle dans un cadre budgétaire contraint. Les Agences Régionales de Santé (ARS), fortement impliquées dans cette problématique, accompagnent cette grande mutation. Les assureurs se sont parallèlement rapidement préoccupés des nouvelles opportunités offertes par la e-santé en termes de prévention et de réduction des dépenses, offrant à leurs adhérents « branchés » des réductions substantielles. Chacun est ainsi conscient de l’importance des enjeux.

Nos smartphones, « postes de travail en mobilité », sont devenus l’objet des mêmes réflexions, des mêmes attentions et des mêmes convoitises. Les applications mobiles et les objets connectés dédiés à la santé vont fournir de nouveaux outils de « télésurveillance », ouvrir de nouveaux champs dans le domaine de la prévention et du suivi de nombreuses pathologies. Cette « m-santé » va modifier substantiellement la relation médecin-patient, sans la remplacer : prévention, diagnostic plus précoce, optimisation du suivi, meilleure adhésion au traitement, personnalisation de la prise en charge. Elle serait, nous disent les experts,  source d’économies significatives. Ils estiment à 26 milliards de dollars le marché mondial de la m-santé d’ici 2017 avec 10 millions de personnes concernées en France et 11,5 milliards d’économies sur les dépenses de santé pour notre seul pays. Les professionnels de santé auront dans ce domaine un rôle majeur : conseil, orientation, prescription. De nouvelles questions vont se poser : caractère des données personnelles collectées, utilisation non contrôlée, sécurité, anonymisation, valeur normative des auto-mesures.

L’Ordre s’est résolument inscrit dans cette évolution et veille, en partenariat avec les acteurs institutionnels, à accompagner l’émergence de ces nouveaux outils au service de l’e-santé.  A chaque nouvelle étape de cette grande révolution technologique nous devons être attentifs à sa cohérence avec  l’éthique et la déontologie et rester vigilants quant aux dérives potentielles de ces nouveaux outils. La numérisation et l’externalisation des données de santé ne nous exonèrent pas de cette responsabilité permanente et fondamentale.

Parallèlement l’Ordre plaide pour que toutes ces évolutions ne soient pas déconnectées des besoins et des acteurs de terrain. Le Président du CNOM, Patrick Bouet, a réaffirmé avec force sa constante préoccupation : « s’impliquer dans les usages auprès des professionnels de santé et des usagers».

En novembre 2012 Jacques Lucas, Vice président du Conseil National de l’Ordre des Médecins, en charge de l’e-santé, rappelait dans le Bulletin de l’Ordre, « Quelle stratégie pour la e-santé en France ? », les 11 recommandations du CNOM :

– Déployer l’e-santé « avec » les professionnels de santé,

– Répondre à leurs « besoins concrets ».

– Veiller à l’ urbanisation des référentiels et du poste de travail, sur site et en mobilité.

– Respecter les impératifs déontologiques.

– Eviter toute « fracture numérique » : déployer le très haut débit sur tout le territoire.

– Eviter toute rupture de la continuité des soins : libéraux, établissements, médico-social.

– Assurer la performance et la pérennité du financement de l’e-santé.

– Instaurer un Conseil national stratégique associant professionnels de santé et usagers.

– Uniformiser les règles d’échange-partage d’informations dans la prise en charge de la personne.

– Initier le dossier de coordination des pathologies chroniques dès le premier séjour.

– Prévoir, sur les économies réalisées, un intérêt à agir pour les professionnels de santé.

Force est de constater que, deux ans plus tard, ces recommandations conservent toute leur pertinence, au cœur des préoccupations actuelles, socle obligé du déploiement de la e-médecine dont l’efficience réclame une gouvernance forte, centralisée, associant tous les acteurs pour ne pas se déconnecter des besoins et des usages, au premier chef les professionnels de santé et les usagers.

Bernard Le Douarin

 

 

 

Partage du secret ou partage des informations à caractère secret?

Le respect du secret professionnel est l’un des socles de notre exercice. C’est la base de la relation de confiance indispensable à la prise en charge de la personne. « Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession, c’est-à-dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu’il a entendu ou compris ». Ce secret est total et absolu. Il ne peut être partagé. Aucun texte réglementaire ne fait d’ailleurs état du « secret partagé » même si ce terme est souvent utilisé. Le législateur a, jusqu’à présent, soigneusement évité d’introduire cette notion.

Dans ces conditions comment assurer une prise en charge efficiente de la personne, dans le respect de la sécurité de ses données, tout au long du parcours de soins?

Il existe des dérogations au secret professionnel. Certaines sont obligatoires (naissances, décès, maladies contagieuses, accident du travail etc.) d’autres sont des « permissions » autorisant le professionnel à faire état d’informations qu’il détient sans relever des sanctions prévues à l’Art. 226-13 du Code pénal (sévices à mineur, protection des mineurs, violences sur majeurs, évaluation du handicap, évaluation de l’activité des établissements). D’autres enfin relèvent de la jurisprudence (rentes viagères, testaments).

Ce sont des situations d’exception. Elles ne reflètent pas notre exercice quotidien. En effet la continuité et la permanence des soins requièrent, à tout instant, que les professionnels de la santé et du social puissent accéder aux informations pertinentes que sont les données personnelles, dans la sécurité et la fluidité, dans le respect des textes.

Les données de la personne ont ainsi vocation à être échangées dans le principe de bienfaisance. L’émergence de structures pluridisciplinaires, la fabuleuse expansion des technologies de l’information et de la communication, les possibilités exponentielles de stockage des données sont autant d’incitations à accélérer cette réflexion pour mettre à la disposition des différents acteurs les outils réglementaires utiles à leurs exercices.

Les données personnelles de santé sont constituées de « toute information relative à la santé physique ou mentale d’une personne ou à la prestation de services de santé à cette personne ». Si le secret qui couvre ces données ne se partage pas, les données de santé personnelles à caractère secret peuvent cependant faire l’objet d’échanges, dans la limite des informations « nécessaires, pertinentes et non excessives » utiles aux missions de chaque acteur.

On retient ainsi maintenant les termes « de transmission, d’échange ou de partage » des données personnelles. Tous les mots sont importants. La communication d’informations par courrier postal ou par messageries relève de la transmission ou de l’échange. L’accès au dossier d’un patient, papier ou numérique, est le fait du partage. L’usage du DMP en est l’exemple le plus emblématique.

Il y a dans la notion de « secret » un contenu « total et absolu », exhaustif et sacré, incompatible avec la notion du partage. Le partage est parcellaire, ponctuel, pratique, utile, nécessaire, « pertinent et non excessif ».

La notion d’échange-partage des informations s’est développée sur cette  exigence pratique : permettre aux différents acteurs de la santé et du social d’assurer leurs missions, dans la continuité des soins, sans préjudice de la notion globale de secret. Un exercice difficile sur un terrain encore insuffisamment balisé.

Au-delà des dérogations obligatoires au secret et des permissions de la loi, les acteurs de santé disposent de trois repères:

– La possibilité créée en 2004 puis confirmée en 2009 (HPST), validée par la CNIL en 2010, d’échanger entre professionnels de santé les données des patients dans le DMP.

– les Art. R 6316-2 et R 6316-3 du décret du 19 octobre 2010 relatif à la télémédecine qui précise que des professionnels de santé peuvent échanger et partager des informations relatives à la personne sauf opposition de celle-ci dûment informée.

– l’Art. L 1110-4 de 2011 qui prévoit que deux ou plusieurs professionnels de santé, hors établissement de santé, puissent « échanger » des données personnelles avec le consentement du patient. Il prévoit également le «partage » des données entre professionnels de santé en établissement, données réputées confiées à l’ensemble de l’équipe de soins.

Ces avancées demeurent cependant très insuffisantes: elles limitent l’accès aux données à l’équipe de soins ce qui est en inadéquation avec les besoins de l’exercice multidisciplinaire hors et en établissements.

Le CNOM plaide pour une avancée réglementaire significative permettant d’assurer la continuité des soins au service de la personne au sein des équipes médico-sociales. Les dispositions de l’Art. 48 de la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 devraient prochainement faire l’objet d’un décret relatif à la transmission d’informations entre les professionnels et les organismes participant à la prise en charge des personnes âgées en risque de perte d’autonomie. Cette avancée, très attendue des professionnels du médico-social, devrait permettre d’améliorer substantiellement le balisage juridique de leur activité.

Bernard Le Douarin, Créteil, Mai2013, MAJ Juillet 2013

De la difficulté de construire en milieu médical.

rugby2

Rassembler, fédérer, pérenniser une équipe.

L’altérité au quotidien: tentative, toujours en cours, de tri de quelques idées que je ne suis pas certain de partager demain….

La constitution d’ une équipe  de personnes ayant des intérêts et des objectifs communs repose sur  quelques critères essentiels et en apparence simples: fonctionner dans l’écoute et la transparence, prendre en compte l’altérité, l’accepter, en faire une plus value, savoir maîtriser une communication respectueuse, réactive et alimentée par un consensus fort.

Le groupe se conçoit dans une forme élargie de personnes partageant des intérêts communs. L’équipe, partie du groupe,  correspond ici à une définition plus restreinte à savoir quelques personnes plus particulièrement impliquées dans l’action du groupe.

Si les critères ci-dessus sont indispensables au fonctionnement et à la pérennité des actions de l’équipe, ils peuvent également être  stratégiques voire critiques pour l’image du groupe et son devenir.

1) Implication et respect de l’altérité. Travailler en équipe c’est « de facto » collaborer avec « l’autre », mettre en commun des connaissances, des expertises, au service du groupe. Socle de sa construction et de sa pérennité, l’altérité doit rester l’objet de toutes les attentions. Elle peut être tant une source de difficultés que celle d’une importante plus-value pour le groupe.

Prendre des responsabilités au sein d’un groupe, à fortiori avec un statut d’élu, c’est accepter de s’impliquer au bénéfice de son action. Ce statut est indissociable de la confiance accordée à l’élu et du rôle de représentation qui lui est lié. Cette confiance et ce rôle relèvent de l’  « autre collectif ». Pas de prise de responsabilité sans implication au bénéfice du groupe avec son corollaire: le respect de l’altérité collective qui en est le fondement.

Ainsi, briguer des responsabilités au sein du groupe ne devrait pas, dans un monde idéal,  se réduire au simple plaisir d’allonger son CV ou d’accrocher des médailles au revers de son veston. Ce devrait  être d’abord la sollicitation d’une confiance, la confiance de « l’autre multiple », et le déploiement d’une action conforme à l’attente de cet « autre multiple » : une sorte de contrat mutuel.

La responsabilité implique quelques aptitudes. Les 2 plus importantes à cet égard sont clairement l’écoute et le respect de cet « autre multiple », capacités sans lesquelles il paraît difficile d’aborder une construction sur des bases fédérées solides. Ces aptitudes sont par ailleurs le fondement du développement de la flexibilité et de la capacité à se remettre en question au travers des expériences tirées de l’action et du regard de « l’autre  multiple », substance de l’équipe : autant d’éléments permettant au responsable d’éviter l’enfermement rapide dans une attitude autistique pouvant conduire le groupe à l’échec.

Si, pour paraphraser Rimbaud,  « je » est un autre et l’autre un autre « je », la tâche s’avère d’emblée  moins aisée dans un groupe juxtaposant des « je » individualistes exacerbés venant contrarier ou freiner les actions du groupe voire s’y opposer. Il en est ainsi de certaines communautés ou l’ « autre collectif » n’est pas la culture de base. C’est malheureusement souvent le cas dans le milieu médical : nous y reviendrons ci-dessous.

2)       La responsabilité collective.

Un socle. Au-delà de la volonté de quelques individus et de leur forte implication au bénéfice de l’équipe et du groupe, toute construction, pour être pérenne, doit pouvoir s’appuyer sur la notion partagée de responsabilité collective. En dehors de sa connotation civile et pénale, la responsabilité collective est une notion sui generis, secrétée par le groupe, ciment de l’équipe et du groupe, essentielle à leur pérennité.

Une difficulté. La construction d’un dispositif territorial ou national, quel qu’il soit, nécessite  de réunir un certain nombre de pré requis. La responsabilité collective en est un mais ce qui peut paraître  aisé, en première approximation, devient parfois difficile au sein d’une communauté médicale à exercice libéral. Beaucoup de professionnels de santé ont en effet fait le choix d’être libéraux à savoir, en leur for intérieur, d’être libres, en perdant parfois de vue la notion de cette responsabilité collective. Le « chacun pour soi» est très préjudiciable aux intérêts de la communauté.

Un outil de reconnaissance. La notion partagée de responsabilité collective peut devenir un outil pro actif majeur lorsque le groupe évolue dans un univers partenarial associant différents acteurs institutionnels œuvrant au bénéfice d’un objectif commun. La communication d’un groupe professionnel, l’image qu’il  renvoie à la société dans laquelle il s’inscrit, reposent sur ce socle : l’aptitude qu’ont les individus à accepter qu’ils appartiennent à ce groupe, avec un certain nombre d’avantages mais aussi des obligations et des devoirs, souvent essentiels à la reconnaissance sociétale du groupe et à sa pérennité. Perdre ces devoirs de vue c’est mettre en péril le devenir du groupe. Il en est de même pour tout citoyen. Intégrer le groupe c’est accepter des droits et des devoirs sauf à se marginaliser, à être contre-productif pour les  intérêts du groupe voire à devenir un obstacle à sa position et à sa lisibilité au sein d’une communauté citoyenne. Endosser la notion de responsabilité collective c’est adresser à la communauté un message clair d’appartenance à un groupe structuré et responsable, c’est se placer en situation optimisée dans tous les échanges institutionnels.

La responsabilité collective peut ainsi devenir un outil de communication voire une arme stratégique. Déficitaire elle peut devenir un point critique pour le déploiement des actions du groupe.

3)       La communication interne.

Information. Les échanges/partages d’informations sont essentiels au fonctionnement du groupe et à fortiori de l’équipe qui s’inscrit dans l’action. Les membres doivent être tenus informés en temps réel des actions en cours, de leur degré d’aboutissement, des projets à venir et du niveau d’implication de chacun dans ces derniers. Ils doivent pouvoir partager les informations. Les notions d’appartenance au groupe et de responsabilité collective passent par cette information permanente délivrée à tous les membres du groupe. C’est un outil fort de cohésion. L’absence de communication, la mauvaise  gestion de la communication sont sources de désagrégation du groupe.

Déficit d’information. Cette communication doit se faire à tous les étages du groupe, entre tous les membres du groupe. L’absence d’échange/partage d’information peut apparaître comme un facteur d’exclusion, de désintérêt ou de volonté d’opacité de la construction en cours. L’opacité génère la suspicion. La suspicion est délétère pour l’équipe. Communiquer largement c’est au contraire veiller à la transparence, à la lisibilité, c’est renforcer les liens du groupe et la fédération de l’équipe, c’est alimenter le consensus.

La communication est un facteur critique dès qu’elle concerne les responsables et à fortiori  les élus du groupe. Assumer des responsabilités au sein du groupe ou de l’équipe implique un devoir de communication. Répondre, être à l’écoute de tous et de chacun, informer, autant d’obligations relevant du statut du responsable. Plus la responsabilité est importante et plus la communication devient essentielle. Briguer un poste à responsabilité au sein d’une communauté c’est d’emblée accepter d’être un communiquant, d’être le liant : ne pas s’y conformer c’est faillir à sa mission,  à sa responsabilité d’élu, et mettre en péril le devenir de l’équipe et du groupe.

Les outils. Encore faut-il savoir manier les outils de la communication ou, à défaut, se faire assister dans cette tâche par les personnes habilitées. Verbale, épistolaire ou numérique, il paraît important que la communication s’inscrive dans le respect  de l’altérité et des codes qui y sont liés. Elle peut toujours se faire sous une forme respectueuse et  respectable. Le numérique n’exempte pas du respect de la civilité.

La communication interne est ainsi un ingrédient majeur de toute construction en équipe et de la cohésion du groupe.

4)       La communication externe. Cet échange-partage d’informations entre les membres du groupe est, in fine, un des éléments de l’élaboration de la communication  « institutionnelle », extérieure, expression socio-médiatique du groupe. C’est sur ce socle communiquant interne que vont être définis les axes de l’action du groupe et les éléments de langage qui vont l’accompagner. Ainsi les communications interne et externe sont connexes. Les échanges-partages du groupe seront la base des décisions collégiales et des arbitrages du groupe alimentant la communication institutionnelle et sa stratégie. Le groupe doit veiller à s’exonérer de l’effet « Janis » (cf document dédié), générateur d’un consensus mou,  qui peut être délétère pour la communication institutionnelle.

La communication institutionnelle interagit avec la cohésion du groupe. Il est impossible de fédérer durablement un groupe dont les membres n’adhéreraient pas à sa communication extérieure et à sa stratégie. Inversement une communication extérieure gérée  hors consensus interne peut, surtout si elle s’avère inappropriée ou contre-productive  avoir des effets destructeurs sur la cohésion du groupe.

La communication externe doit être menée de façon consensuelle et sans préjudice de la cohésion globale de ses membres.

5)       L’assistance. Lorsque le groupe a des missions institutionnelles basées sur un exercice professionnel identique, le groupe est nécessairement amené à se faire assister dans ses missions par des intervenants intérieurs ou extérieurs, salariés ou missionnés, détenteurs d’une expertise propre. Là encore le groupe doit veiller à l’adhésion de ces intervenants à la stratégie et à la communication du groupe.  Le groupe doit cependant garder la maîtrise de l’élaboration du consensus, de la stratégie et de la communication.

6)       La réactivité, base d’efficience. Les technologies de l’information et de la communication, en constante et fabuleuse expansion, mettent à notre disposition des outils que nous n’aurions même pas imaginés il y a une 20aine d’années.  Le courrier postal, même dans les échanges institutionnels, est passé au second plan en quelques années.

Notre univers est ainsi devenu numérique. Nous avons changé de paradigme. SMS, mails, réseaux sociaux, sont devenus les bases de nos échanges quotidiens, nous autorisant une communication instantanée, alliée à l’échange  de données personnelles ou professionnelles en quantité exponentielle. Le modèle numérique nous ouvre des horizons imprévisibles.

Ce modèle communiquant instantané est un progrès considérable. C’est aussi une obligation faite à tout acteur: en avoir la maîtrise. Prendre son courrier postal, répondre au téléphone sont des gestes simples au quotidien. La démarche de consulter ses mails, de les lire et d’y répondre doit le devenir sauf à créer un gap dangereux entre les individus qui ont la maîtrise du numérique et ceux qui ne l’ont pas.

Mais disposer d’un tel outil ne suffit pas. La maîtrise du numérique c’est aussi, pour l’efficience de l’équipe ou du groupe, être réactif. Etre réactif apparaît de plus en plus comme une disposition majeure, une obligation, pour tout individu souhaitant assumer une responsabilité au sein d’un groupe.  Rien de plus contreproductif qu’un SMS ou un mail laissé sans réponse. L’émetteur s’interroge : oubli, procrastination, négligence, désintérêt, mépris ? Dans tous les cas l’absence de réponse est source d’interrogations, voire de suspicion. Sa répétition peut avoir des effets dévastateurs en terme de cohésion et d’image. Cet effet sera, dans ses conséquences négatives, directement proportionnel à l’importance du statut de la personne qui n’a pas adhéré à cette nécessaire réactivité.

S’y conformer c’est, au contraire, d’emblée se positionner comme un communiquant. C’est surtout assurer à l’équipe et au groupe une dynamique importante et une fluidité dans la communication. Cette efficience pourra se révéler particulièrement importante lorsque le groupe sera mis en situation critique.

La réactivité est ainsi un outil d’efficience  à l’usage de l’équipe et du groupe. A l’échelle de la communication extérieure, la réactivité peut être un outil stratégique. Si l’absence de communication peut être une forme de communication, la réactivité de la réponse du groupe face à un questionnement ou à un événement particulier peut revêtir une importance extrême.

7)       Les freins. La plupart des freins relèvent de l’inadaptation des individus aux pré-requis ci-dessus énumérés.  Un procrastinateur, n’ayant pas le souci de l’intérêt collectif, sera de fait un obstacle au développement du groupe. Pire, le « marshmallow passif-agressif  autistique », peu enclin au maniement des outils de la communication ou à la réactivité nécessaire, n’aura bien évidemment pas le profil  pour assurer des responsabilités au sein d’un groupe ou d’une équipe. Inversement il appartient aux membres du groupe ou de l’équipe de veiller à ne pas mettre « aux manettes » des individus correspondant ne serait-ce qu’en partie à ce profil déficitaire de non communiquant. Cette attitude serait suicidaire pour le groupe.

Un autre frein est celui d’éventuels conflits d’intérêts.  Un groupe  peut avoir en son sein des acteurs ayant différentes casquettes. Leurs différentes missions et zones d’action peuvent être sources de conflits si elles ne sont pas assumées dans l’éthique et la déontologie. Il est essentiel pour la pérennité du groupe que chacun respecte les prérogatives et missions appartenant à chaque structure.

Une construction territoriale ne doit pas devenir un enjeu de pouvoir, de manipulation, de revendication ou d’appropriation d’une action d’intérêt général. Toute mise en compétition inadaptée ou tentative hégémonique peuvent être délétères pour les intérêts des différentes parties. Si certaines interfaces  d’actions communes, éventuellement partenariales, existent dans les missions de différents groupes il importe  de veiller à la sanctuarisation de ces actions qui ne doivent pas devenir des enjeux.

En cas de difficulté rencontrée dans le déploiement de la construction, les liens ou conflits d’intérêts sous-jacents pourraient être acutisés et mettre en danger son aboutissement. L’intérêt collectif doit rester prioritaire et ne pas être altéré ou passer au second plan derrière la multiplicité des intérêts particuliers et volontiers contradictoires. La sanctuarisation des actions collectives doit rester la règle.

Dernière retouche le 17 05 2013, Créteil.