Le CNOM interpellé par l’UFML.

Le CNOM interpellé par l’UFM, quelques commentaires personnels.

Créteil, le 2 décembre 2012,

J’ai pris connaissance du communiqué de presse adressé au CNOM  le 26 novembre par l’UFML (en référence ci-dessous). J’ai lu avec intérêt les diverses réactions que ce texte avait suscitées. Ma première réaction a été celle de la surprise : je n’avais pas la même lecture de ce document et j’ai pensé l’avoir mal lu ou mal interprété. J’ai donc procédé à plusieurs relectures attentives, au rythme des mails qui me parvenaient et des mots employés en réaction : agression, insulte, provocation, tentative de déstabilisation. Quelques commentaires :

1)      Sur la forme :

– Pour ma part je n’y ai vu qu’un cri d’exaspération, d’alarme, de détresse. Exaspération des confrères qui se sentent oubliés, humiliés, méprisés, frustrés, en total manque de reconnaissance quant à leur implication professionnelle et à leur statut dans notre société actuelle. Alarme quant à la dérive d’un exercice où ils ne se reconnaissent plus. Détresse face à une situation qu’ils ne maîtrisent plus et à l’avenir de plus en plus incertain de notre profession.

– Je n’y ai vu ni insulte ni provocation, ni tentative de déstabilisation. J’y vois un appel à l’aide.

– Quand on est en situation de désespoir on se tourne vers le seul interlocuteur qui peut peut-être encore quelque chose, le seul qui ait encore de la crédibilité et qui institutionnellement représente toute la profession, toutes opinions confondues, dans le souci de l’éthique. A ce titre ce communiqué me semble devoir être interprété de façon positive pour notre institution. Il serait  plus inquiétant que l’Ordre ne soit pas interpellé du tout car considéré comme inexistant ou de peu de secours.

– Quant à la violence apparente du propos elle est à l’aune de l’exaspération des confrères et de leur attente: que l’Ordre se positionne lisiblement sur un certain nombre de débats actuels en faisant connaître ses préoccupations, ses inquiétudes, ses avis.

2)      Sur le fond :

– Nous sommes tous parfaitement conscients que ce communiqué pointe les difficultés majeures actuelles de la profession et le ressenti des confrères quant à ces difficultés.

– Certaines relèvent cependant des prérogatives des organisations représentatives du corps médical et il leur appartient de s’en emparer. L’Ordre a toujours veillé à ne pas intervenir dans des débats qui ne relèvent pas de ses missions.

C’est, dans le contexte actuel, un exercice de plus en plus difficile eu égard aux attentes exacerbées de nos confrères, attentes stigmatisées par le texte de l’UFML. Il reste que dans les difficultés actuelles de la profession une action synergique et catalytique de tous les acteurs devient urgente et salvatrice.

A ce titre la communication institutionnelle, dans tous ses aspects, devient un outil majeur. Le communiqué de l’UFML a le mérite de nous le rappeler.

Bernard Le Douarin, Conseiller Ordinal.

« UFML – Communiqué de presse, le 26 novembre 2012
Lettre ouverte au Conseil National de l’Ordre

Chers confrères,
Nous ne pouvons plus attendre, nous ne pouvons plus nous taire… alors que des pans entiers de la médecine libérale sont menacés à brève échéance, alors que la médecine générale disparaît en silence et vient d’être une fois de plus déconsidérée, méprisée, alors que notre système de santé solidaire est directement menacé, ou êtes vous !
Ou est la voix de l’ordre ?
Vous vous taisez alors que les patients risquent de perdre leur liberté de choisir leur médecin, l’établissement qui les prendra en charge.
Vous vous taisez à l’heure où les médecins risquent de perdre leur liberté de prescription !
Vous vous taisez alors que notre système de soin est livré aux mutuelles et autres marchands de soin.
Vous vous taisez alors que l’on impose un nouveau partenaire au sein du paritarisme en acceptant l’opacité de ses comptes et des salaires de ses dirigeants.
Vous vous taisez alors que la chirurgie libérale va mourir de ne plus pouvoir répondre à l’obligation de moyen. Doublement enchaînée par une tarification bloquée depuis 20 à 30 ans et une « pratique tarifaire excessive » ne permettant pas l’exercice de qualité auquel les patients ont légitimement droit.
Vous vous taisez alors que les médecins généralistes sont une fois de plus traînés dans la boue par des propositions de rémunération indigne.
Vous vous taisez alors que cette profession menottée subit un mépris chronique que vous alimentez.
Vous vous taisez alors que les laboratoires, les centres de radiologie, les pharmacies, les établissements de soins indépendants disparaissent et, ou, sont rachetés par des fonds de pensions ou des organismes mutualistes ou assuranciels financeurs du système.
Vous vous taisez alors que vous venez de perdre une de vos fonctions propres : l’appréciation, l’écoute et le rendu de jugement de pairs pour être remplacé par des tribunaux d’exceptions.
Vous vous taisez et nous ne pouvons l’accepter.
Avez-vous oublié votre mission ? Avez-vous oublié que votre rôle est de s’opposer aux menaces qui pèsent sur notre médecine ? Avez-vous oublié votre rôle de pair jugeant des pairs ? Ou encore celui de trait d’union entre patient et médecin ?
Pourquoi vous taisez-vous !
Nous médecins de l’UFML, nous médecins généralistes, spécialistes de villes ou d’établissements, du privé comme du public nous ne pouvons accepter votre silence.
Votre silence est coupable, parlez, sans attendre plus, prenez position, ou alors dans le silence, acceptez de disparaitre aux yeux des médecins.
Jérôme Marty
Président de l’UFML – Union Française pour une Médecine Libre
 
Cette lettre a été envoyée à la Présidence du Conseil de l’Ordre ainsi qu’à tous les délégués régionaux. »