Le passif-agressif: le marshmallow qui rend dingue.

marshmallow

Le terme de passif-agressif (PA) s’applique au comportement de certains individus dont l’agressivité s’exprime par de la passivité. Il s’agirait d’un mécanisme de défense se traduisant par un comportement d’obstruction, d’inertie et de résistance passive. Une sorte d’effet marshmallow : toute empreinte est immédiatement suivie d’un retour à la forme initiale. Aucune mémoire de l’acquis, pas de mémoire de forme. Les spécialistes nous expliquent d’ailleurs que le  PA n’aurait pas plus d’empathie ni de capacité de remise en question qu’un marshmallow.

Les manifestations de la passivité-agressivité. Elles sont multiples : paresse, procrastination, peur de faire confiance voire paranoïa, manipulation des personnes voire mensonges et attitudes malhonnêtes. Le PA n’exprime pas son hostilité, il évite la compétition, il s’entête, il craint l’autorité, oublie les rendez vous ou multiplie les retards. Son comportement est source de situations chaotiques, il est intentionnellement inefficace. Il perd volontiers les objets, a toujours des excuses, rend les autres responsables de ses propres échecs et se comporte en victime. Toute demande, suggestion  ou simple conseil sont vécus comme des agressions. Il n’a aucune empathie envers autrui, oublie le respect des règles établies, ne ressent aucune culpabilité et s’avère incapable de mettre à profit les expériences passées. Il demeure évasif dès qu’on essaye d’être factuel.

L’expression de ces caractéristiques peut n’être que partielle dans une forme dégradée ou mineure. La composante paranoïaque reste significative. À l’opposé le PA peut laisser échapper quelques bouffées d’agressivité non contenue, le plus souvent à l’égard d’individus dont il sait qu’il n’a rien à craindre et dont il fait les victimes expiatoires ponctuelles de son incapacité à gérer la vraie adversité.

Passivité-agressivité et altérité. Le PA dit oui mais fait non. Son comportement est source, chez l’autre, d’exaspération, de frustration. Il vous confronte rapidement à un sentiment fort d’impuissance face à son incapacité à être factuel, à se remettre en cause et à s’adapter aux données de l’expérience. Il est volontiers dogmatique et péremptoire dans son inertie. Ses tactiques d’évitement de la confrontation ou de la compétition, vont ainsi conduire au conflit et déclencher la violence de l’autre.

Au sein d’un groupe ou d’une équipe ce comportement peut être particulièrement préjudiciable. La réalisation et la pérennisation d’objectifs collectifs relève d’une dynamique dans les projets et d’une efficience de la communication difficilement compatibles avec l’inertie générée par le PA. Il est un frein permanent à la fluidité du projet et va générer l’incompréhension puis l’exaspération et enfin la colère et la violence de ses partenaires. Ceux-ci vont alors apparaître comme les maillons faibles du dispositif. Ce risque d’effet collatéral est d’autant plus élevé que l’effet marshmallow confère au PA une apparence normale voire supranormale: calme et serein en apparence, souvent débonnaire, le bon gars. Il déteste les conflits, se plait à répéter que tout va bien, qu’il ne faut pas dramatiser: il est ainsi volontiers respecté de ses collègues et de ses supérieurs qui n’ont pas avec lui de relationnel suivi opérationnel. Car au quotidien son obstruction devient violence et persécution pour l’autre. Le persécuté, face à cette inertie rapidement insupportable, finit par réagir violemment et devient alors le persécuteur aux yeux des observateurs non avertis et non conscients de la situation locale.

La gestion de ce type d’individualité peut s’avérer extrêmement difficile. Pourtant la fréquence de ce type de comportement au sein d’un groupes où les individus PA peuvent avoir d’importantes responsabilités, une situation stratégique, voire de multiples casquettes, justifie de réfléchir à la façon de les gérer pour éviter les blocages déficitaires pour les intérêts et les projets du groupe. Un ou deux PA bien (ou mal !) placés peuvent totalement déstabiliser l’action d’un groupe ou d’une équipe.

Pour Frances Cole Jones 5 conseils sont à retenir pour mieux gérer les PA :

1) S’en tenir aux faits et rien qu’aux faits dans toute conversation. L’attitude du PA peut vous irriter. Vous ne devez pas laisser vos sentiments l’emporter sur le factuel. Collez au terrain.

2) Garder une trace documentaire. Gardez copie de tout courriel ou de tout document important. Après une rencontre avec un PA confirmer immédiatement par écrit la nature et le contenu de votre entretien, les mesures envisagées et les délais à respecter. Toute réunion d’équipe doit dès que possible faire l’objet d’un compte-rendu de séance qui doit être adressé au PA au même titre qu’à tous les membres du  groupe.

3) N’encouragez pas son comportement. Faîtes lui savoir que ses remarques désobligeantes, commérages ou propagation de rumeurs infondées sont fortement désagréables et contre-productives pour le travail fait le groupe ou l’équipe.

4) Ne laissez pas la technologie lui servir de rempart. Si son comportement négatif passe par des outils numériques, courriels ou autres, proposez immédiatement une rencontre pour régler les difficultés.

5) N’ayez pas peur de vérifier les faits. Les PA disent souvent que « tout va bien ». N’hésitez pas à engager la discussion sur le mode « Vous dites que tout va bien mais j’ai l’impression que cela cache une certaine frustration : Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous aider ? ».

Même en appliquant à la lettre tous ces conseils la gestion des PA reste particulièrement délicate. Une seule solution : le factuel rien que le factuel. Sauf à les éviter ou à les fuir,  l’essentiel est en effet de rapidement reconnaître ce type de personnalité  et de mettre en place les contre-mesures adaptées propres à assurer leur gestion au sein de l’équipe et à sauvegarder votre propre intégrité physique et mentale.

Car les marshmallow peuvent vous rendre fou. Ils vous amènent à douter de vous-même. Ils vous épuisent moralement et physiquement. Leur inertie est inversement proportionnelle à l’immense quantité d’énergie que vous dilapidez pour rétablir des situations qui dépassent votre entendement et qu’ils ont secrétées au jour le jour.

Vous être amenés progressivement à douter de vous même, de vos propres repères, du bien fondé de votre démarche, de la justesse de votre réflexion. Le PA vous amène progressivement, si vous n’y prenez pas garde, au bord de l’épuisement et du burn-out. Il peut vous discréditer aux yeux mêmes de vos proches ou de vos collaborateurs en déclenchant votre propre violence. Vous serez alors considéré comme l’irascible, le fou furieux, l’agité, l’agresseur d’un brave gars.

Il peut vous amener à la dépression réactionnelle lorsque vous aurez totalement épuisé vos batteries et vos propres ressources pour optimiser le fonctionnement d’une locomotive dont le PA s’ingénie à actionner les freins, en proie à son manque de confiance et à sa paranoïa.

Bernard Le Douarin

Créteil, mis à jour le 26 Août 2013.